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L'histoire de la bulle spéculative

La bulle spéculative des technologiques de l'année 2000 restera pour longtemps un événement incroyable dans le monde Boursier. Rarement un tel emballement n'avait été constaté et rarement autant de richesses n'étaient parties si vite en fumée.

Une bulle qui gonfle, qui gonfle...

Les spécialistes trouveront mille raisons pour expliquer le phénomène que nous avons vécu au cours de l'année 2000. Parmi toutes les explications techniques possibles, il y a quelques raisons logiques qui expliquent déjà beaucoup de choses.

Sur le plan économique tout d'abord, tous les feux étaient au vert. Les Etats Unis prospéraient depuis déjà de nombreuses années, et l'Europe entrait à son tour dans une période faste. Les caisses étaient donc pleines à la fois du côté des entreprises, mais aussi du côté des particuliers : l'heure était à l'investissement spéculatif.

L'année 2000 a coïncidé avec une arrivée en force des nouvelles technologies sous plusieurs formes. Il y a eu tout d'abord l'explosion de la téléphonie mobile qui a propulsé aux sommets à la fois les équipementiers (Nokia, Ericsson, ...), mais aussi les opérateurs de téléphonie. Sur ce plan, Bouygues Telecom avec l'invention du forfait avait préparé le terrain en révolutionnant un marché jusque là plutôt stagnant.

Mais la révolution technologique majeure de cette période fut certainement la montée en puissance de l'Internet. Cette révolution (car c'en était bien une) fit tourner toutes les têtes. Elle fut présentée par tous comme l'une des révolutions de l'humanité : des analystes la comparèrent volontiers avec l'invention du train, voir de la roue. Les esprits s'échauffèrent. Quel investisseur pouvait se permettre de louper une telle chance?

Inconnue quelques mois plus tôt (souvenez vous du " mulot " du président Chirac), cette technologie devint en quelques mois l'objet de toutes les attentions et de tous les soins. Internet devint subitement à la mode : un langue " e-business " commença à émerger... Dans les milieux informatiques, très rapidement il y eut les " in " (ceux qui s'intéressaient aux technologies Internet) et les " out " (les autres). On parlait " B2B / B2C ", " click and mortar ", "buzz", "DotCorp", "one to few", "Techies", "Vici", "Yetties", ... Tout un vocabulaire qui faisait de vous un informaticien dans le vent ou un ringard de première.

Internet a entraîné dans son sillage toute l'industrie de l'informatique : les équipementiers ont ainsi vu leurs commandes de matériels réseau monter à une vitesse exponentielle, les fabricants de micro ordinateurs ont du répondre à la demande des particuliers, les fabricants de serveurs informatiques ont vu les commandes augmenter avec le nombre des nouvelles sociétés, les sociétés éditrices de logiciels ont du répondre aux besoins : systèmes d'exploitation, logiciels de conception, bases de données, etc... Sans oublier tous les autres secteurs directement ou indirectement reliés : les fabricants de composant électroniques, les sociétés produisant les matières premières nécessaires à l'ensemble, etc...

Autre secteur impacté : les sociétés d'informatique qui furent de plus en plus sollicitées pour répondre à la boulimie Internet des sociétés anciennes ou nouvelles. Cette période fut l'occasion de grossir et de s'implanter sur un secteur promis à un grand avenir.

Surtout, Internet a auto entretenu ce mouvement, dans le sens où les nouveaux sites Boursiers disponibles sur Internet ont permis aux particuliers de profiter eux aussi de l'embellie économique. Encouragés par une campagne publicité tout public - et souvent déplacée, les investissements des particuliers ont rejoint les sommes gigantesques investies par les grands groupes. Les médias ont eux aussi participés au mouvement en produisant de nombreux reportages mettant en scène de jeunes boursicoteurs devenus millionnaires en quelques mois.

Toutes les conditions étaient donc réunies pour provoquer un superbe emballement général.

L'époque des Start Up

Très rapidement, les valeurs technologiques devinrent un sujet à la mode. Je me souviens d'un Jean Pierre Gaillard assez gai listant au micro de la radio la liste des progressions de l'ensemble des valeurs, annonçant tous les jours sans surprise le dépassement d'un record.

Cette époque fut le théâtre de tout et de n'importe quoi. Je me rappelle de ce reportage télévisé montrant ce cadre supérieur d'un grand groupe International qui démissionnait de son poste pour aller rejoindre une "Start up" dont le président était un jeune garçon de 16 ans. Les locaux se trouvaient dans les sous sols d'un immeuble : un seul bureau pour tous... La transition a du être douloureuse...

Le monde de la Bourse fut alors témoin d'un nombre impressionnant d'introductions. Le but du jeu pour les particuliers était d'en acheter au plus vite : la mise était au minimum doublée dans les jours qui suivaient. Les sociétés introduites n'avaient souvent aucun contenu pertinent : le " dot com " était le maître mot. La logique économique s'inversait : on ne faisait plus une société pour développer un produit ou un service, mais juste pour l'introduire en bourse. Ces sociétés que l'on s'arrachait à prix d'or ne faisaient pourtant aucun bénéfice : pire elles ne proposaient que des pertes et pour longtemps. Pour la plupart, la communication des résultats devenait presque du folklore : on ne communiquait plus sur les résultats de l'année, mais sur les prévisions fumeuses à 1 ou 2 ans.

Même s'il est facile de critiquer maintenant que l'on connaît toute l'histoire, il est tout de même étrange que les banques, professionnels et autres " Capital risqueurs " n'aient jamais eu de doutes sur la pertinence des projets qui leur étaient proposés. L'argent semblait tomber du ciel : l'argent appelait l'argent...

Dans les sociétés d'informatique, les mentalités se mettaient à évoluer. C'était l'époque des "agences" dans le vent, avec des décors somptueux et des accessoires de confort pour les employés : baby foot, etc... Le développeur Web était souvent payé un prix d'or pour bien souvent un travail pas toujours de qualité. Ils allaient au boulot en rollers, travaillaient le walkman sur la tête : les informaticiens étaient plus "artistes" qu'autre chose.

Les indicateurs

Moi qui débarquais à l'époque dans le monde de la Bourse, je fus stupéfait de voir avec quelle réactivité les Bourses mondiales réagissaient aux indicateurs de l'économie, et plus spécialement aux indicateurs des USA. Les réactions étaient démesurées autant dans la hausse que dans la chute. Pendant la hausse des cours, toute bonne nouvelle faisait de nouveaux records : les bonnes nouvelles tombaient comme par magie, tous les jours. Inversement, lorsque les mauvais chiffres se mirent à tomber, c'était à chaque fois un coup mortel porté au portefeuille des petits épargnants. Et là pareil, les mauvaises nouvelles étaient quotidiennes ! Les nouveaux venus réagissaient à l'inverse des autres : à l'annonce de la hausse du chômage aux USA, beaucoup ont vendu pensant que l'annonce était mauvaise : c'était l'inverse !

Greenspan devenait l'homme le plus important du monde : de ce qu'il allait faire et dire dépendait bien souvent la progression ou la chute des cours. Comble de la bêtise, ses faits et gestes étaient largement anticipés : lorsqu'une hausse des taux d'intérêt étaient prévisibles, les cours des jours précédant l'annonce en tenaient déjà compte... Comment voulez vous vous y retrouver dans un tel souk ?

Les analystes

Le comportement et le professionnalisme des analystes a certainement aggravé le mouvement. Les analystes de certains cabinets américains, qui donnaient la température du marché et des principales valeurs, étaient les mêmes que ceux qui les achetaient en vrac. Comment être objectifs, comment être sincères ? On imagine les plus values incroyables que ces gens ont du se faire sur le dos des petits actionnaires : acheter une grosse quantité d'actions et annoncer qu'ils sont " positifs " sur ces valeurs. Puis, après la hausse générée par l'annonce, revendre et annoncer l'allègement de la position pour recommencer de nouveau après la chute des cours déclenchée par leur annonce.

D'autres analystes ont eu d'autres comportements en pêchant par des excès d'optimisme. En mars 2001, une étude avait montré que 75% des conseils boursiers étaient des conseils d'achat alors que dans le même temps la bourse perdait 8%... Rien d'étonnant donc à ce que de nombreux actionnaires aient beaucoup perdu en bourse !

En avril 2000, la bulle éclate...

Vint ce fameux jour en Avril 2000 où le rêve prit fin. Certains analystes américains, ces stars qui faisaient la pluie et le beau temps sur les marchés boursiers, donnèrent un avis défavorable sur les valeurs technologiques. C'étaient les mêmes qui avaient encouragé tout le monde à investir en masse sur ces mêmes valeurs.

Il est d'ailleurs intéressant de noter l'interaction du marché américain sur les marchés Européens. La folie Internet mit plusieurs années à travers l'atlantique : cette folie furieuse fit des milliers de millionnaires sur le nouveau continent pendant des mois sans affecter notre propre marché. Tout doucement, progressivement, l'Europe commençait elle aussi à profiter de cette révolution, mais pas pour longtemps... Car si les USA mirent du temps à contaminer l'Europe de leur embellie boursière, elle brisa l'élan à la rapidité de la lumière : la première faiblesse du Nasdaq donna à la seconde le coup d'envoi de la descente aux enfers.

Quoi qu'il en soit, l'issue était prévisible : on imagine mal une telle progression continuer à ce rythme. Le traitement informatique des actions a accéléré la chute. Rien de plus facilement de fixer un ordre "stop" sur une valeur. Arrivé au niveau de sécurité indiqué, l'action est automatiquement vendue. Les ventes automatiques ont donc particulièrement accéléré le mouvement de baisse par des réactions en chaîne.

Le krack fut larvé et s'étendit sur près d'une année et demi... Les analystes de tout poil sont pour beaucoup dans les pertes des petits porteurs. Le monde boursier souffre de cette inertie qui empêche d'entrevoir la réalité d'une situation : quelques jours après la première chute, tous clamaient haut et fort que la consolidation était souhaitable et que tout allait repartir comme avant. Pourtant, sur l'un des sites gratuits boursiers que je fréquentais, l'un des analystes s'époumona plusieurs semaines en affirmant que la chute allait se poursuivre pendant des mois et des mois, vers des niveaux beaucoup plus bas : il fut remercié très rapidement et disparut de la toile.

Il n'avait pourtant pas tord et la "correction" fut une vraie claque pour beaucoup. A force d'annonces de reprises faites par la plupart des analystes, à force de rebonds techniques et d'optimisme forcé, de nombreux investisseurs (dont beaucoup de particuliers) ont acheté, persuadés d'acheter toujours au plus bas, histoire d'éponger leurs pertes par une " moyenne à la baisse ". Les analystes le répétaient tous les jours : " la correction est forte: nous avons touché le fond pour mieux rebondir ". Résultat des courses, la plupart des particuliers ayant investi dans les mois qui suivirent ce fameux Avril 2000 ont certainement perdu d'importantes sommes.

Pour preuve, récemment mon broker en ligne a lancé une opération téléphonique pour prendre contact avec chacun de ses clients. Je fis découvrir à mon interlocutrice le site " Plouf La Bourse " et lui expliquai que j'en étais l'auteur... Abordant le sujet des pertes, elle me confia que 90% de leurs clients avaient perdu d'importantes sommes d'argent. Je la crois volontiers...

Conclusion

Il est fort à parier que le monde Boursier et le monde des affaires en général retiendront la leçon. Les corrections sont toujours prévisibles. Le cas d'Enron par exemple marque un autre tournant dans le monde des affaires : la logique économique reprend le dessus face aux effets d'annonce et aux mensonges larvés. Gageons que toutes ces leçons apportent un peu de sérieux aux affaires.