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Le texte du Lão Mai Quyên [par Long Nu] |
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(1291 mots dans ce texte ) -
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 Dans les trésors des arts martiaux du Vietnam,
de nombreux textes utilisent l’image poétique de la fleur ou l’arbre de
prunier pour illustrer des techniques martiales. La plupart des
enchaînements codifiés faisant référence à cette fleur millénaire sont
fort renommés et possèdent souvent une grande valeur sur le plan
technique. A mains nues ou avec armes, on peut citer notamment : le Mai
hoa quyền (la Boxe de la Fleur de Prunier), Mai hoa ngũ lộ quyền (la
Boxe des Cinq directions de la Fleur de Prunier), Mai hoa kiếm (l’Epée
de la Fleur de Prunier), Mai hoa đao (le Sabre de la Fleur de Prunier),
etc.
Le Lão Mai Quyền est quant à lui certainement l’un des plus riches
poèmes conçus pour transmettre des positions martiales (văn truyền
khẩu), car il intègre des éléments relevant à la fois des arts martiaux
mais également de l’esthétique et de la poétique d’une façon plus
générale...
[d'après Long Nu<du forum www.koon.info]
En sino-vietnamien (ou Han Viêt)
Lão mai độc thọ nhất chi vinh
Lưỡng túc khinh khinh tấn bộ hoành.
Tấn nhất đoản thối hồi lão khởi
Phi nhất thác hoành thối thanh đình.
Tràn nha hổ giương oai thiết trảo
Triển giác long tất lực lôi oanh
Lão hầu thối tọa liên ba biến
Hồ điệp song phi lão bạng sanh
Nguyệt quật song câu lôi điển chấn
Vân tôn tam tảo hổ xà thành
Traduction du VS Trần Xuân Mẫn en vietnamien moderne
Mai già đơn độc một nhánh trổ hoa
Đôi rễ bò lên nhẹ ngang qua
Khỉ già tiến ngắn lui về đứng
Chuồn bay thẳng cánh cũng về nhà
Hổ mài nanh ra oai vuốt sắt
Rồng giương sừng nỗ lực tấn công
Khỉ già ngồi ngắm hoa sen rã
Đôi bướm cùng bay, dọp thoát ra
Trăng lên ngoài cửa đà sấm sét
Mây phủ ba lần, hổ, rắn qua.
(Ce qui donne à peu près ceci en français)
Un vieux cerisier solitaire étend son unique branche fleurie
Ses deux racines s’ancrant légèrement sur les côtés
Le vieux singe avance d’un pas court puis recule et attend
La libellule en volant à tire d’aile finit par revenir (à la maison)
Le tigre aiguise ses dents et sort des griffes d’acier
Le dragon hérisse sa corne et attaque dans une explosion d’énergie
Le vieux singe s’assoit et contemple la fleur de lotus se fanant
Un couple de papillon vole de concert, puis soudain s’échappe
La lune monte dans le ciel, et dehors l’orage éclate (= les éclairs fusent / le tonnerre gronde)
Les nuages recouvrent par trois fois le ciel – le tigre puis le serpent passent.
Le poème démarre par une introduction en deux vers.
Lão mai độc thọ nhất chi vinh
Lưỡng túc khinh khinh tấn bộ hoành.
L’image de ce vieux cerisier se dressant solitaire avec une unique
branche couverte de fleurs, nous est dépeinte de façon à l’imaginer
large, noueux, dotés de racines enchevêtrés sortant de terre pour
s’étendre sur les côtés. Elle a pour but d’évoquer une technique
martiale : les deux jambes avancent de manière souple et légère, pour
passer ensuite sur les côtés.
Dès le début, la métaphore utilisée est celle d’un tableau plein de
force et de symbolique : un vieil arbre de prunier centenaire entouré
de solitude au milieu des rigueurs hivernales, endurant les orages et
subissant les intempéries, n’ayant plus qu’une seule et unique branche
cependant couverte de fleurs éclatantes. Une analyse élargie conduit à
voir dans la métaphore de ce vieux cerisier le symbole de la volonté
sans faille et sans relâche du pratiquant d’art martial (le võ sĩ).
Elle pourrait évoquer également le stoïcisme d’un peuple vivant sur des
terres trop étroites pour nourrir toutes les bouches, et habitué à
lutter pour préserver son intégrité et sa survie tout au long de
l’Histoire et des siècles. (NDLT : il parle ici du peuple vietnamien,
bien sûr…)
L’auteur de cet ancien texte utilise ensuite d’autres images pour mettre en scène des techniques de combat :
Tấn nhất đoản thối hồi lão khởi
Phi nhất thác hoành thối thanh đình
Hormis le mot « thác » signifiant « pousser » en vietnamien moderne qui
est là pour donner une indication sur la pratique martiale, les autres
termes contenus dans les deux vers suivants donnent de nombreux détails
pour nous dépeindre un paysage dans une nature sereine et calme : le
vieux singe s’avance d’un petit pas, puis recule. La libellule volette
dans l’air en décrivant des cercles. Tous deux semblent circonspects et
hésitants. Rien de mieux pour souligner le caractère extraordinaire et
majestueux de ce vieux cerisier. Reculer et décrire des cercles
signifient également ici la notion de respect et le sens avisé des gens
d’autrefois. Devant un adversaire qu’on ne connaît pas clairement, il
convient d’avancer et de reculer pour le sonder au préalable, car ne
dit-on pas « se connaître et connaître l’autre, c’est livrer cent
batailles pour vaincre cent fois » ?
Les vers 5 et 6 ouvrent davantage à la fois le champ de la scène et
de la bataille. Le pratiquant (d’art martial) lance une attaque
résolue, en concentrant ses forces physiques et mentales en une
offensive puissante tenant à la fois du tigre et du dragon.
Tràn nha hổ giương oai thiết trảo
Triển giác long tất lực lôi oanh
Qu’on peut traduire par :
Le tigre aiguise ses dents et sort des griffes d’acier
Le dragon hérisse sa corne et attaque dans une explosion d’énergie
Les mouvements de l’enchaînement martial et le contenu du poème
composent ainsi une mélodie tantôt douce et détendue, tantôt forte,
puissante et rythmée. Le tableau se transforme ensuite en une séquence
dépeignant une scène de vie paisible et sereine, où ne subsiste plus
aucune trace de lutte
Lão hầu thối tọa liên ba biến
Hồ điệp song phi lão bạng sanh
Ce qui signifie :
Le vieux singe recule et s’assieds pour contempler des fleurs de lotus
se fanant. Un couple de papillon vole de concert et ouvrent une voie
(dans l’espace).
Le contenu des deux vers précédents souligne parallèlement une
réflexion sous-jacente sur l’évolution continuelle dans la pratique des
arts martiaux, pour rappeler au disciple qu’il est difficile d’en
maîtriser totalement tous les aspects. Il est donc vain de
s’enorgueillir d’une victoire comme il est inutile de se décourager
après une défaite.
L’image du singe qui se tourne vers le lotus (= vers lui-même ?) n’est
pas un repli en parade, mais bien un recul pour guetter une ouverture
de l’adversaire et placer la contre attaque « Hồ điệp song phi » pour
forcer l’avantage en utilisant l’énergie de l’autre.
Cette idée est renforcée par les deux derniers vers :
Nguyệt quật song câu lôi điển chấn
Vân tôn tam tảo hổ xà thành
Le sens implicite de ces deux phrases : les deux bras montent
rapidement à l’instar de la lune surgissant entre les nuages. Répéter
trois fois le mouvement de balayage chassant les nuages. Attaquer en
puissance et en force comme le tigre, puis en souplesse et vivacité à
l’image du serpent, avant de clôturer.
Mais une autre lecture peut également coexister en apportant un
éclairage différent : à peine la lune s’est elle levée dans le ciel
clair que déjà les éclairs fusent et qu’arrive l’orage. Par trois fois
tourbillonnent les nuages sombres qu’à la fin même les bêtes fauves
s’enfuient. Seul reste le vieux cerisier, toujours debout envers et
contre tout.
Cette traduction est-elle par trop « romantique » voire romancée ?
Peut-être n’est-ce là qu’une suite d’extrapolations trop fantaisistes
?… Une chose cependant doit être admise : tout ce poème n’est au fond
qu’un seul et unique tableau, où tous les éléments dépeints sont reliés
entre eux en une sorte d’unité.
De même, le pratiquant d'art martial doit savoir se fondre dans l'unité
de la vie, et selon les contextes, les événements et les circonstances,
savoir être tantôt dans la force puis dans la souplesse, tantôt en
scission puis en fusion, usant alternativement du combat ou de la
sagesse, mais toujours il placera la vertu au coeur de ses actes. A
l'instar du vieux prunier décrit dans ce poème, qui continue au milieu
de la tempête d'offrir la beauté de ses fleurs pour embellir le monde.
Et tendre ainsi son unique branche de fleur dorée en offrande à la vie.
VS Trần Xuân Mẫn
(Hội An)
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