vo thuat : Poèmes dans les arts martiaux traditionnels

(1382 mots dans ce texte )  -   lu : 473 Fois     Page Spéciale pour impression

<--Texte du site Vo Thuat-->
vo thuat : Poèmes dans les arts martiaux traditionnels

L'utilisation des poèmes dans les arts martiaux traditionnels est une pratique courante en Asie. On retrouve cette pratique en Chine, au Japon, et même... en thailande, où, par exemple, dans le film Ong Bak, le héros exécute au début du film une série de mouvements en récitant devinez quoi ? Le poème qui correspond à l'enchainement.

Il va sans dire que pour un même poème, plusieurs exécution sont bien évidemment possible et qu'il serait prétentieux de claironner : "moi, j'ai la vraie bonne version qu'elle est la plus chouette !"
Je connais trois façons différentes d'exécuter le Bai Quyên Than Dong (l'enfant géni) et tout autant pour le Bai Quyên Thien Su (le moine méditant). On en arrive même parfois, à partir d'un même poème à se demander ce qui les unit dans leur exécution, tant celles-ci peuvent être différentes.
Il n'en demeure pas moins qu'il est de la responsabilité de l'enseignant de transmettre non seulement la technique mais aussi la manière (l'esprit) de l'exécuter.
C'est aussi pour cela que les Bai Quyên étaient énormément important. C'est un peu comme dans Tigre et Dragon... Détenir le grimoire de Wutang sans pouvoir comprendre le texte de ce grimoire ne sert à rien. Il y a bien les mouvements qui sont décrits, mais sans explications, pas de compréhension.
On en revient toujours à ce tryptique : explication / application / implication.
Pas d'implication possible sans une explication et sans l'application qui illustre l'explication.

Le Bai Quyên Lao Mai était aussi souvent rattaché à l'animal ésotérique représenté par la Grue (ou encore la Cigogne).
Chose importante, la Grue est l'animal qui, dans la littérature taoiste porte l'immortel céleste jusqu'au ciel. Il y a donc là aussi une indication de travail relative à l'énergie interne, à ce qui tend à s'élever, à ce qui soutient et qui porte. C'est l'expression profonde du Tai Ji, qui dans sa représentation la plus ancienne décrit le mouvement du Yin et du Yang, de l'ubac et de l'adret, du côté de la montagne éclairé par le soleil et du côté de la montagne à l'ombre du soleil. Il s'agit bien là du Faîte Suprême, de la Poutre Faîtière, qui soutient le toit. La poutre soutient le toit et le toit protège la poutre, comme le Yang protège et le Yin nourrit, comme ce qui est visible et ce qui est caché.
Lao Mai Quyên indique donc cette dimension profonde des arts martiaux : il y a ce que l'on voit, ce qui est apparent et même illusoire, et ce qui est caché, initiatique.

Lao Mai Quyên doit s'exécuter avec beaucoup de souplesse, de rondeur. Les mouvements rebondissent, s'enchaînent comme si ils naissaient les uns des autres, devant illustrer une mutation, une transformation perpétuelle alliant le Yin et le Yang, l'interne, le doux, le fluidique à l'externe, l'explosif, le puissant.

Lao Mai Quyên fait partie intégrante des Bai Quyêns que se devait de connaître le postulant aux concours militaires impériaux, se présentant pour le titre de licencié ou de docteur.
Il devait connaître aussi Than Dong, Thiên Su, Long Ho Hoi et d'autres Bai Quyên tout aussi fameux.

L'enseignement que je transmet au sein de mon école s'articule autour des Bai Quyên (mains nues) suivant -
(p+) : signifie que j'ai le poème et sa traduction / (p-) signifie que j'ai le poème mais pas sa traduction / () signifie que je n'ai pas le poème

Thai Môn : la grande porte (p+)
Khoai Thu Quyên : la boxe de la main éclair (p+)
Tu tru : les quatre piliers (p+)
tai Nu Quyên : la boxe de la jeune fille talentueuse ()
than Dong : l'enfant géni (p+)
Thien Su Binh-Dinh : le moine méditant de Binh-Dinh (p+)
Yen Phi : l'hirondelle s'envole ()
Lao Mai : le vieux prunier (p+)
Bao Cang : le bouclier trèsor ()
Phuong Hoang : le phénix royal (p+)
La Han : le petit disciple de bouddha ()
Long Van Quyên : la boxe du dragon nuage ()
Bat Bo Lien Hoa Quyen : la boxe des huit racines de la fleur de lotus (p-)
Long ho hoi : le combat du tigre et du dragon ()
Mai Hoa : fleur de prunier ()
Hau quyen : la boxe du singe ()
Tu hai : les quatre océans (p+)
Mieu Tay Diên : le chat se nettoie le visage


et aux armes j'en ai certain aussi (une vingtaine dont une quinzaine avec poèmes plus ou moins traduits).

Beaucoup de poèmes de Võ cổ truyền (arts martiaux viêt traditionnels) sont composés en Hán Việt (sino-viêt, c’est-à-dire chinois utilisé par les Vietnamiens), les poèmes en « Lục Bát » composés en vietnamien étant moins « classiques », mais vraiment beaux à entendre, c’est très rythmé et musical.
Pour expliquer ce qu’est le « Lục Bát » (« 6-8 » en sino-viêt), je vous ai recopié un petit extrait de l’introduction d’une édition française de Kim Vân Kiều (un long poème inspiré d’une histoire chinoise) que le poète vietnamien Nguyễn Du a composé au début du 19ème siècle :

Citation:

« D’abord, le mode de versification est spécifiquement vietnamien – il est dans la forme dite « six-huit » (lục bát), c’est-à-dire constituée par l’alternance de vers de six pieds et de huit pieds, alors que dans la versification classique, inspirée des règles de la métrique chinoise, on utilise le mètre pentasyllabique [5 syllabes/mots] ou heptasyllabique [7 syllabes/mots]. La disposition des rimes, elle aussi, est purement vietnamienne. Le dernier mot de chaque vers doit rimer [ou être en assonance] avec le sixième mot du vers suivant ; il s’ensuit que les vers de huit pieds comptent deux rimes, l’une à l’intérieur et l’autre à la fin du vers, particularité qui ne se rencontre, croyons nous, que dans la poésie vietnamienne. […] La forme « six-huit » tire son origine de la chanson populaire. »


C’est aussi régi par des règles de versification liées aux tons, mais ça devient plus compliqué…

Pour illustrer ce propos, voici un petit extrait d’un poème de Nguyễn Du (les couleurs mettent les rimes/assonances en évidence, on voit que tout est bien lié/enchaîné, du beau công phu) :

Trước lầu Ngưng bích

Trước lầu Ngưng bích khóa xuân,
Vẻ non xa, tấm trăng gần ở chung.
Bốn bề bát ngát xa trông,
Cát vàng cồn nọ bụi hồng dậm kia.
Bẽ bàng mây sớm đèn khuya,
Nửa tình nừa cảnh như chia tấm lòng.
[...]

Dans le poème de l’enchaînement Tứ Linh Đao, c’est la même logique qui est respectée :

Tứ Linh Đao

Hướng đông chấp thủ nghiêng chào
Chụm về tay phải cầm đao loan liền
Lui chân tay kéo lên
Chém qua trái phải vớt liền một phen
Nghiêng về rùa núp lá sen
Chém ngang phát cỏ bay lên phượng hòang
[...]



Retour à la sous-rubrique :
  • Glossaire Arts Martiaux Vietnamiens

  • Autres publications de la sous-rubrique :
  • Styles comtemporains d'arts martiaux vietnamiens
  • Traduction d'un article de Vo Thuat : maître BAO TRI PHONG
  • Stratégie et science du combat sur l'eau au Vietnam avant l'arrivée des français
  • VÕ HỌC BÌNH ĐỊNH (texte du forum kwoon.info)
  • L’organisation ancienne de l’armée vietnamienne
  • Les grands maîtres de l'art martial vietnamien
  • Le Vo Co Truyen Viet-Nam
  • Le texte du Lão Mai Quyên [par Long Nu]
  • Les 17 thaos - Quyen officiels (sur 18) de la Fédération Nationale d'Arts Martiaux Traditionnels du Vietnam
  • Le Vo Tu Do présenté par le club Cercle Lam-Son
  • Liens


    Vidéos LHH
    VidéoS Long Ho Hoi
    Dojo Buchilien
    Dojo-Buchilien
    Fédérations
    FFKAMA
    Académie des Arts Martiaux YISEISHINDO
    Bugei - Free fight
    Tao
    Ecole Française de Budo
    Forum
    ikusa France
    Forum arts martiaux
    News Arts Martiaux Vietnamiens
    Clubs
    Muay Thai - Vo Tu Do Cergy
    Autres Liens Web

    Temps : 0.1533 seconde(s)