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 Historique des arts martiaux de la célébre ville de Binh Dinh au Vietnam
Qui veut me suivre à Bình Ðịnh qu’il vienne N’est certes pas aussi raffinée que la capitale Mais pas de terres stériles ni d’herbes brûlées à Bình Ðịnh Trois fleuves y coulent Sept hautes montagnes s’y élèvent La mer de l’Est fouette de ses vagues les rives D’antiques vestiges inscrivent la gloire des héros d’antan dans les cieux.
Ce chant populaire dépeint une terre martiale, le pays de Bình Ðịnh. C’est une région située à 407 kilomètres au sud est de l’ancienne capitale impériale de Huê, séparée par trois sommets montagneux et escarpés. - Vers l’ouest, elle s’adosse à la grande chaîne des montagnes de Trường sơn, qu’il faut franchir via le raide col de An khê, traverser ensuite la rivière Ba pour escalader le col de Măng giang, avant d’arriver sur cette région de Tây nguyên. - Au nord, la chaîne des monts Thạch tấn prolonge celle de Trường sơn jusqu’à la mer, séparant les deux grandes ville de Quảng Ngãi et Bình Ðịnh qui ne sont reliées que par le col de Bình đê. - Au sud, se dressent les massifs du Nam sơn, aussi appelés les monts de Bình San, avec des sommets tel que Hòn Ông, Hòn Bà à une altitude de 1100m séparant Bình định de Phú Yên. L’accès par le sud se fait via le col de Cù Mông. - A l’est s’étend la mer le long de 100 km de côtes. Les rivages sont rocheux et escarpés, avec quelques entrées portuaires telles que Thiện Chánh, Cà Công, Hà Ra, Phú Thứ, Ðề Gi, Thị Nại.
Deux grandes rivières traversent la région de Bình định. Au Nord coule la Lại giang, encore appelée Lại dương, qui prend sa source dans les monts An lão et Kim sơn et se jette dans la mer à An giũ. Au sud une autre rivière de même débit, la Côn, se sépare en trois affluents en arrivant au delta de Thị Nại. Hormis ses trois massifs et ses deux principales rivières, Bình định possède également d’autres crêtes montagneuses en prolongement de la chaîne de Trường sơn, ainsi que la rivière La Tinh qui traverse la province. Montagnes, fleuves et plaines se succèdent, créant ainsi une topologie très diversifiée en cette région.
Les spécialistes du Feng Shui voient la terre de Bình định comme un gigantesque trône impérial. Le bras droit repose sur les montagnes de Thạch tấn, et le gauche sur celles de Nam sơn. Le dos s’appuie sur la chaîne de Trường sơn, pour faire face à l’est vers l’immensité de la mer. Ici et là se dressent enfin quelques vestiges de tours Champa. Dans le district de Phù cát se trouve la tour Phúc Lộc, populairement appelée Phốc Lốc. Qui nhơn possède la tour de Ðôi, et Bình khê celles de Thủ thiện et de Dương long. Ces tours antiques se dressent vers le ciel, comme autant de pinceaux en pierre pour y « inscrire la gloire des héros d’antan dans les cieux ».
Entourés aux quatre points cardinaux par des chaînes montagneuses et la mer, confrontés à de fréquentes catastrophes naturelles telles que tempêtes ou inondations, les gens de cette région pour survivre ont dû s’adapter et affronter cette région difficile et inhospitalière. Les conditions sont ainsi réunies pour que naisse et se développe un style martial spécifique à Bình định.
Qui rentre au pays intérieur qu’il dise, Du bambou reçu poisson sera rendu.
Jadis, le commerce avec le « pays intérieur » était essentiel. Depuis la plaine montaient des denrées telles que le poisson séché, le mắm (poisson saumuré varié), et du sel. Au retour, on ramenait des pousses de bambous, du bétel, etc. Le retour sur investissement était de un pour dix. Mais transporter la marchandise depuis la mer vers le sud puis vers la région de l’ouest était alors une entreprise périlleuse, et c’est probablement la raison pour laquelle les arts martiaux devaient y voir le jour et se développer : avant tout pour sécuriser le transport des marchandises qui franchissaient les cols et traversaient les fleuves. Ils étaient utiles à la fois pour combattre les bêtes fauves mais aussi pour se protéger du banditisme sur le chemin voire au sein mêmes des fermes. Non seulement les hommes, mais aussi les femmes, les jeunes enfants apprirent les arts martiaux pour se défendre et protéger leurs biens, et ils devinrent ainsi progressivement une tradition.
Qui vient à Bình định verra, Fille de Bình định du fouet des poings jouera. (Chanson populaire)
Ce qui n’empêcha pas le long fleuve des Arts Martiaux de Bình định de connaître de multiples méandres à travers les épisodes de son histoire.
LA GENESE (1470-1558) L’année Canh Thìn (1470), le roi du Champa Trà Toàn amena ses troupes envahir les terres de Hóa châu, et dépêcha des émissaires en Chine auprès des empereurs Ming (pour obtenir de l’aide). Le roi Lê Thánh Tôn prit alors lui-même la tête des armées et avec 20 000 hommes, il riposta par une contre-attaque sur le royaume de Champa. Il atteignit la capitale Ðồ Bàn (Vijara) et conquis les terres s’étendant jusqu’au col de Cù mông. Cette région fut dès lors annexée à la région de Quảng Nam, et fut nommée province de Phủ Hoài avec trois districts Bồng sơn, Phù ly et Tuy viễn.
Les populations du Nord Vietnam, venant principalement de la région de Hà đông et du Centre Nord, arrivèrent progressivement sur ces terres pour s’y installer, en profitant du départ de nombreux Chams vers le sud. Pour survivre, ils synthétisèrent alors les styles martiaux de leur pays d’origine en associant différentes techniques zoomorphiques inspirées d’animaux sauvages, mais encore de coqs de combats. Puis ils les modifièrent, en créèrent d’autres, avant de les faire évoluer pour les rendre totalement adaptés au contexte et à la topologie de leur nouveau foyer. Au départ, les deux techniques les plus usitées furent le combat à mains nues appelé quyền, et le combat au bâton long, appelé « perche » (roi). Ils utilisaient pour cela des tiges de bois qui servaient à la fois de palanche et d’arme de protection. La palanche permettait de transporter une charge trois fois plus importante que celle transportée à bout de bras. Elle était constituée de tiges de vieux bambous, à la fois solides et souples donc pratiques sur les deux plans : agréables pour le transport car ils pouvaient osciller au rythme de la marche, mais efficaces également pour les arts martiaux car ils ne risquaient pas de se rompre ou de se casser.
Au fil du temps et des années s’est ainsi créée une forme martiale nouvelle et originale, que tout le pays appela bientôt le style martial (võ) de Bình định.
LE DEVELOPPEMENT (1558 – 1771) Cette période commença avec l’année Mậu Ngọ (1558) où Nguyễn Hoàng entra dans la ville principale de la province Thuận hoá, créant ainsi le pays de Nam Hà, et se termina avec l’année Tân Mão (1771) qui vit surgir la Révolte de Tây Sơn. Durant ces deux siècles, le style martial de Bình định fit un important pas en avant avec le développement de toutes sortes de techniques liées à des armes diverses et la structuration progressive vers un système cohérent. L’histoire du célèbre héros Lía racontée dans un poème populaire de 1336 vers, divisé en six chapitres, donne un bon aperçu du contexte des arts martiaux et de leurs pratiquants durant cette époque à Bình định.
En croisant le contenu du poème et les transmissions orales populaires concernant la vie de Liá, il semble que le vrai nom de ce fameux personnage était Võ văn Ðoan, mais les gens l’appelaient plus familièrement « le Jeune Liá ». Sa lignée paternelle était originaire du district de Phù ly (aujourd’hui Phù mỹ), et après la mort prématurée de son père, Liá suivit sa mère qui retourna dans son village natal de Phú lạc, (canton de Thời hòa, district de Tuy viễn aujourd’hui appelé district de Tây Sơn). La famille était pauvre, sa mère tombait fréquemment malade, et Liá était encore trop jeune pour ramener de l’argent et pourvoir aux besoins du foyer. Il dut plusieurs fois se rendre chez de riches propriétaires quémander des restes de nourriture ou un travail de journalier, et il essuya non seulement des refus mais aussi injures et humiliations. Malgré sa ferme intention de rester honnête et vertueux, il devint ainsi prêt à tout faire pour sauver sa mère de la misère et de la famine.
L’APOGEE (1771-1802) De l’année Tân Mão (1771), où Nguyễn Nhạc donna le signal de la révolte à Gò Tô sur les terres de Tây sơn, jusqu’à l’année Nhâm Tuất (1802) où le roi Quang Toản fut fait prisonnier dans le district de Phượng nhãn, province de Bắc ninh, le système martial de Bình định prit une dimension nouvelle : celle de l’art martial de Tây Sơn (võ Tây Sơn).
Les « Trois Braves » de Tây Sơn étaient les trois frères : Nguyễn Nhạc (?-1793) l’aîné, Nguyễn Huệ (1753-1792) le cadet, et Nguyễn Lữ (?-1788) le benjamin. Ils naquirent tous trois dans le village de Kiên mỹ, rattaché au district de Bình khê (aujourd’hui appelé Tây sơn).
Le vrai nom de famille des Nguyễn de Tây Sơn était Hồ, et ils étaient issus de la lignée de Hồ Qúy Ly. Leur ancêtre quatre générations auparavant était Hồ Phi Khanh, établi à cette époque dans la province de Nghệ An. En 1655, alors que la guerre des deux clans Trịnh - Nguyễn reprenait pour la cinquième fois, les soldats du clan Nguyễn attaquèrent Nghệ An. Hồ Phi Khanh comme une partie de la population locale fut fait prisonnier et emmené de force vers le district de Qui ninh, dans la province de Tuy viễn pour y défricher des terres. Au village de Bằng châu, il rencontra le clan Ðinh qui l’aida à s’y installer. Son fils Hồ Lang déménagea ensuite vers le village de Phú lạc, et son petit-fils Hồ Phi Phúc vers le village voisin de Kiên mỹ. C’est là que naquirent les trois frères Tây Sơn, portant tout d’abord le nom de leur père qu’ils changèrent bientôt pour celui de leur mère.
Lorsqu’ils étaient enfants, les trois frères Tây Sơn reçurent l’enseignement sur les Classiques du professeur Hiến, un homme talentueux et réputé qui était déçu par le régime dissolu et corrompu de l’époque, l’oppression et le pillage du peuple. Par ailleurs, les frères Tây sơn étudièrent également les arts martiaux avec le maître d’armes Ðinh Văn. Le surnom de ce dernier était « le sieur Chảng », et il était originaire du village de Bằng châu. Il était réputé pour son caractère emporté, téméraire et prompt à se rebeller, ainsi que son absence d’égards envers les instances gouvernantes. Les trois frères furent très appréciés par leur maître, qui leur transmit ainsi de nombreuses techniques et secrets martiaux. Constatant la valeur et l’efficacité du style de Bình định, nos trois héros Tây sơn l’intégrèrent par la suite dans leurs approches militaires au cours de la Révolte, et portèrent ainsi le système martial de Bình định à son apogée.
Dans l’armée Tây Sơn, chaque combattant était avant tout un pratiquant d’art martial. La base de la formation militaire reposait sur l’entraînement aux arts martiaux, et un soldat devait réussir à maîtriser tout ou partie de la liste des armes suivantes : 1.- Quyền : technique de combat utilisant poings nus et pieds appelées également « thảo bộ ». Un Quyền est composé de plusieurs thảo bộ (Tao Lu), comme par exemple : le thảo bộ du Phénix (Phượng Hoàng), des Quatre Mers (Tứ Hải), du Moine Méditant (Thiền Sư), de la Coupe de Jade (Ngọc Trản), de l’Enfant Génie (Thần Ðồng), du Vieux Prunier (Lão Mai Ðộc Thọ), etc. Si l’on était bon dans le domaine du Quyền, alors l’on excellait souvent dans l’utilisation de la perche. C’est pourquoi le Quyền constituait la discipline fondamentale et primordiale. Les soldats Tây Sơn s’en servaient lors des assauts et combats rapprochés, en corps à corps final sur le champ de bataille. 2. – Roi : technique de combat utilisant la perche, également appelé côn (bâton de combat). La perche ne doit pas être ni trop grande ni trop petite mais adaptée au bras de celui qui la manie, pour obtenir une frappe puissante et rapide. Il en existait deux sortes : la perche « roi trường » et celle dite « roi đoản ». Le pratiquant du roi trường était en général à cheval et n’utilisait qu’une extrémité de l’arme pour frapper. Le roi đoản était la perche de combat, d’une longueur dite de « tề mi » ce qui signifie à la hauteur du sourcil de celui qui s’en sert, ce qui équivaut à environ 1m60. La perche de combat est tenue par son milieu de sorte à pouvoir utiliser ses deux extrémités. Par exemple, la pointe du bâton était abattue à la verticale sur l’adversaire l’obligeant ainsi à parer, mais ce n’était qu’une feinte. Pendant ce temps et à une vitesse éclair, la queue du bâton est employée pour exercer une frappe directe vers le bas ventre de l’adversaire, et ceci constituait le coup réel. Autrefois, les pratiquants d’arts martiaux (võ sĩ) avaient pour habitude de draper une grande et longue étole sur leurs épaules, pour l’utiliser en guise de bâton en cas d’affrontement. L’écharpe alors appelée « roi nhuyễn tiên » n’était pas réellement utilisée pour frapper mais plutôt pour « déployer et feinter », dérouter l’adversaire avant de percer sa garde et de le désarmer. 3. - Song sĩ: deux bâtons en bois dur qu’on portait serrés le long de l’avant-bras, dépassant légèrement aux deux extrémités. En pique ou coup de coude, les deux pointes du song sĩ peuvent ainsi s’enfoncer dans le corps de l’adversaire. 4. – Ðao : le sabre, pour trancher et piquer. Avec une grande et large lame, il était alors appelé « đại đao ». 5. - Kiếm : l’épée. Simple épée ou doubles épées, les lames étaient longues mais ne dépassaient toutefois pas 1 mètre. 6.- Siêu : ressemblait au sabre, mais avec un manche long. Les techniques qui s’y rapportaient sont à mi-chemin entre l’épée et le bâton. 7. Thương, giáo, mác, lao (lance, hallebarde, etc.?): possédaient un manche long, et étaient utilisés pour le piqué, la frappe ou le lancer. 8.- Xà mâu (lance serpentine), đinh ba (trident), bừa cào (râteau) : tous avec des manches longs et des pointes multiples, d’où des techniques de manipulation plus lentes et un usage plus rare. 9. - Lăng khiên : bouclier rond et plat, doté d’une poignée en son centre, utilisé pour protéger et parer lors d’un affrontement. 10.- Song chùy (double masses d’armes) : de forme ovale et dentelée en plusieurs arêtes, dotés d’un manche pour la prise en main mais aussi pour la frappe, ils étaient également moins usités. 11. – La chaîne en métal, utilisée en tant que fouet. 12. – Arc, fronde et arbalète, utilisés pour lancer des projectiles vers l’adversaire à distance. Une des spécificités du style martial de Tây Sơn était que chaque forme ou posture possédait un texte appelé « bài thiệu » pour l’accompagner. Ce texte contenait la dimension théorique et l’esprit de la technique, transcrits à travers un poème en rimes pour en faciliter la lecture et la mémorisation. L’élève en apprenant les techniques devait également retenir par cœur le « bài thiệu » associé, et le récitait au fur et à mesure qu’il exécutait la forme, de sorte à accorder à l’unisson la théorie et la pratique. Cette pédagogie martiale se révéla très efficace pour entraîner et former plusieurs personnes en même temps, et fut appliquée dans les écoles militaires des troupes Tây Sơn.
C’est à cette époque que furent également inventé les tambours de guerre de Tây Sơn. L’instrumentiste frappait simultanément plusieurs tambours dont le nombre pouvait aller jusqu’à 12, et devait pour cela maîtriser les techniques martiales du bâton de combat. Il utilisait une masse courte renforcée aux deux extrémités appelée « roi trống », mais employait également ses paumes, ses poignets, ses coudes et ses épaules de sorte à tirer des sons variés du tambour, interprétant ainsi des airs à la fois martial et héroïque. Sur le champ de bataille, il n’utilisait que deux grands tambours pour frapper des airs de combat, dont les résonances portaient très loin pour inspirer une sensation à la fois pressante et stimulante.
La tactique militaire de Tây Sơn reposait sur le principe de prise de contrôle sur l’adversaire en partant d’une longue portée pour se rapprocher peu à peu. A distance, on utilisait des canons placés à dos d’éléphants. Lorsque la cible se trouvait à environ 100 m, on passait à des fusils à longue portée. Plus près, étaient alors employés arc et arbalètes, puis les fusées incendiaires. En dernier venait l’assaut en corps à corps, avec l’utilisation de toutes les techniques d’arts martiaux pour emporter définitivement l’avantage suivant un principe de « un contre plusieurs ». En effet, les troupes Tây Sơn ne comptaient pas sur le nombre mais plutôt sur l’habileté et le courage individuel. Les unités d’infanterie étaient donc de petite taille, se déplaçaient très rapidement, et étaient parfaitement adaptées aux tactiques d’attaques éclairs. Frapper vite et fort, avoir des positions mouvantes, et attaquer soudainement l’adversaire par sa faille. Toute cible conquise était ensuite renforcée et contrôlée par les unités d’éléphants de combats, aussi utilisées en tant qu’unités d’artillerie puisqu’ils transportaient également les canons. Voilà en deux mots les principes de la tactique militaire utilisée par les trois frères Tây Sơn, fortement influencée par leur formation originelle de pratiquant d’art martiaux.
Il était également dit que tous les généraux de l’armée Tây Sơn furent des combattants d’un niveau martial exceptionnel. Nguyễn Huệ était réputé pour son utilisation de la perche (roi), Nguyễn Lữ excellait dans le maniement du bâton et inventa ainsi le Hùng Kê quyền, en partant de techniques martiales zoomorphiques inspirées par les coqs de combat. Võ văn Dũng quant à lui était si bon au maniement du sabre que cet adage populaire fut créé : Phá sơn trung tặc, dị Thắng Văn Dũng đao, nan (Réduire un ennemi caché au fond de la montagne est facile / Vaincre la lame du sabre de Văn Dũng est autrement plus difficile)
Ðặng văn Long (que certains ouvrages appellent aussi Mưu) maîtrisait pour sa part à la fois les techniques de combat dures et souples, et possédait des mains si puissantes qu’il fut surnommé Ðặng le briseur d’acier. Bùi thị Xuân quant à elle était inégalée au maniement de l’épée. En un mot, l’art martial de Tây sơn naquit de l’art martial traditionnel régional de Bình định, dont la pratique fut structurée et systématisée de sorte à en faire une discipline militaire. Il devint une arme stratégique originale et spécifique pour Tây Sơn, qui donna ainsi son apogée maximale au style martial de Bình định.
LA CLANDESTINITE (1802 – 1867)
L’année Nhâm Tuất (1802), Nguyễn Aùnh renversait la dynastie Tây Sơn et monta sur le trône impérial en prenant pour nom de règne Gia Long. Non seulement le nouveau souverain exerça une vengeance cruelle vis-à-vis de la maison Tây Sơn, mais il avait également en tête un projet à long terme ayant pour but d’éradiquer totalement tout ce qui était lié à Tây Sơn. C’est ainsi que la transmission du style martial de Tây Sơn fut interrompue. Tous les pratiquants et maîtres du style se retirèrent dans l’ombre, et continuèrent d’enseigner discrètement et clandestinement à leur seule descendance. Tous les poèmes « thiệu » furent également enfouis au plus profond des mémoires, pour être transmis de bouche à oreille uniquement dans le giron familial. Les chants des tambours de Tây Sơn ne se firent plus entendre lors des grandes fêtes populaires et traditionnelles. Cette époque dura tout au long des règnes successifs de Gia Long, Minh Mạng, Thiệu Trị, jusqu’au début du règne de Tự Ðức. C’est la raison pour laquelle le style martial Tây Sơn connut une importante déperdition au fil de ces années là.
LA RESTAURATION (1867-1924)
Dès l’accession au trône du roi Tự Ðức (1847), l’armée française n’eut de cesse de provoquer des accrochages avec les troupes nationales, de sorte à tenir un prétexte valable pouvant justifier une invasion sous forme d’action de représailles. En 1858, une alliance militaire franco-espagnole s’empara de l’île Sơn trà, près de Ðà nẵng. En 1859, la ville de Gia định capitula. En 1861, la ville de Ðịnh tường (aujourd’hui Mỹ tho), l’île de Côn lôn et la ville de Biên hòa furent perdues. Enfin, en 1867, les français s’emparèrent des trois provinces de la région du Sud Ouest : Vĩnh long, An giang, et Hà tiên.
Devant l’urgence de la situation, il devint impératif de renforcer la force militaire afin d’assurer la protection des territoires qui restaient. Pour le roi Tự Ðức, se prémunir contre la menace Tây Sơn n’avait plus de réalité tangible, alors que le danger d’une invasion française était en revanche bien réel. C’est pourquoi le roi ordonna en 1867 la création d’un centre de recrutement et de sélection de hauts fonctionnaires militaires en plein cœur des terres de tradition martiale. Ce fut la création de l’école militaire de Hương võ Bình định, sur la commune de An thành, dans le district An nhơn. Elle était séparée de l’école des fonctionnaires civils par quelques kilomètres seulement, via les villages de Trường cửu, Quang châu le long de la rive sud de la rivière Côn. Avec une tradition et un amour des arts martiaux omniprésents, et entendant la nouvelle du recrutement impérial de candidats à hauts potentiels grâce à l’école nouvellement créée, la vague martiale éteinte et enfouie depuis soixante ans se réveilla soudain en une explosion de talents des plus variés. Les écoles forgeant des pratiquants d’arts martiaux repoussèrent à Bình định comme des champignons. Par les nuits claires de pleine lune, on voyait ici et là par groupes de quatre ou cinq, des étudiants s’entraîner inlassablement dans les cours des maisons ou sur les flancs des montagnes.
Après la chute de la capitale impériale en 1885, le roi Hàm Nghi dut s’enfuir et publia un édit impérial à l’origine du mouvement de résistance « Cần vương » (qui se traduirait par « suivre le roi / rester loyal au trône »). Les arts martiaux de Bình định avaient déjà largement contribué à la lutte contre l’invasion française. Le chef du mouvement Cần Vương à Bình định était la figure héroïque de Mai Xuân Thưởng, un homme aussi accompli dans les arts classiques (littérature, poésie, calligraphie, etc.) que dans les arts martiaux. Dans son éloge posthume dédié au Commandant Mai (bài Ðiếu Mai Nguyên Súy) Nguyễn Bá Huân, célèbre poète de l’époque, témoigna de son admiration la plus profonde :
Ðan tâm chỉ vị cứu lương dân Hoành sóc ngâm thi hữu kỹ nhân Nhất phó hung khâm hoành vũ trụ Tam niên cầm kiếm định phong trần...
Un cœur pur ne voulant que sauver son peuple Sa lance est insurpassée, ses poèmes inégalés Un cœur loyal envers et contre tout En trois ans son épée restaura la paix.
Sous les drapeaux de la rébellion menée par le commandant Mai, figuraient à Bình khê trois générations d’une lignée martiale comprenant en tout des centaines de pratiquants et d’élèves qui avaient suivi leur maître dans les rangs de la résistance. C’était l’école martiale de Lê Thượng Nghĩa, grand-maître de Hồ Tá Quốc, qui chanta le talent d’épéiste de son professeur ainsi que sa contribution à la protection du pays à travers le poème Lê công Thượng Nghĩa :
Lão sư thân thủ nhược du long Lẫm liệt tu mi khí lực hùng Tích nhật Cần vương đồng tá quốc Tây trù trảm tận hiển hùng phong
L’ombre du maître tel un dragon volait, Par son épée et sa lame il l’évoquait. Suivre le roi pour son pays, il s’est dévolu Pour repousser l’invasion, que serment soit tenu.
En 1908, le mouvement martial Bình định allait une nouvelle fois contribuer à la lutte anti-française, en participant au mouvement de grève des impôts dans leur propre province. Les pratiquants martiaux habitant An vinh và An thái furent nombreux à y participer. Ils décidèrent de mener des représailles contre les collaborateurs au régime français, et d’autres individus qui profitaient l’occupation étrangère pour spolier et nuire aux honnêtes gens. En se basant sur les archives du règne de Duy Tân, présentées dans l’ouvrage « Le mouvement de rébellion fiscale dans la région Centre en 1908 (« Phong Trào Kháng Thuế Miền Trung năm 1908 ») écrit par Nguyễn Thế Anh (publié à Sài gòn en 1973), des personnes telles que Hà Khuê, Hồ Cường, Lê Lý, Lê Hữu, Lê Thức, Võ Nghiệp pourchassèrent dans la province de Bình khê les fonctionnaires du gouvernement de protectorat pour les « punir ». Sur la liste figuraient les noms des familles Vinh et Giao qui furent assassinées. Dans les alentours de An vinh (district Bình Khê) et de An thái (district Tuy viễn) Nguyễn văn Khải, meneur pour An vinh, commanda une troupe qui kidnappa des fonctionnaires à la solde du régime d’occupation. Sur la liste figurait le nom d’un certain Uẩn qui fut exécuté et son corps jeté dans les flots. Dans le district de Phù cát, Nguyễn Hoành organisa l’assassinat de deux individus corrompus dénommés Bá et Tường envoyé par le gouverneur. Dans le district de Bồng sơn, Ðỗ Dương, Nguyễn Ðiềm, Phạm Quế, Phan Thuần conduisirent environ cinquante de leurs hommes armés de sabre et de perche jusqu’à la préfecture pour affronter les troupes d’occupation. En dehors de ces actions, ces maîtres martiaux menèrent également des exécutions sommaires visant des individus au sein de la population locale qui, par appât du gain, avaient accepté d’espionner ou de servir d’indicateur pour l’ennemi, comme le cas de l’ouvrier Cẩn dont l’exécution servit d’exemple.
Vers 1920, les deux provinces de Bình định et Phú yên connurent de nouvelles heures d’angoisses et des nuits blanches dues au fléau du banditisme organisé de Dư Ðành. Tous les pratiquants d’arts martiaux des districts de Bình khê, An nhơn, Tuy phước, Phù cát, furent réunis et sommés par le gouvernement de la province de participer à la capture des bandits. Dư Ðành, originaire du village de Kiên ngãi dans le district de Bình khê, excellait aux arts martiaux et possédait une force extraordinaire. Il était capable de saisir un bœuf par le flanc et de le soulever aussi simplement qu’il porterait un enfant. Les gens de l’époque vinrent à dire de lui qu’il était « fort comme Hạng Võ (Han Wu ?), puissant comme Trương Phi (Chang Fei ?) ». Dư Ðành commandait une troupe de onze personnes, Hựu (son adjoint), Phỉ, Cao, Ðen... Tous étaient des brigands renommés. Il n’y avait que l’expert au maniement de la perche Hồ Ngạnh établi à Thuận truyền que Dư Ðành craignait et évitait, car même Bảy Lụt, célèbre maître de boxe à mains nues (quyền) de An vinh, fut capturé par Dư Ðành et sa troupe lors d’une embuscade afin de servir d’avertissement à tous les pratiquants d’arts martiaux qui les pourchassaient. La cour impériale blâma sévèrement le gouverneur de la province, qui s’en prit alors au préfet du district, qui déversa à son tour son courroux sur les gens des villages. Ces derniers furent bien à plaindre, obligés de monter la garde nuit et jour, d’effectuer des battues et des traques sur le moindre sentier dans tout le pays, sans pour autant trouver la piste de ces bandits. Par un pur hasard, Dư Ðành fut finalement capturé dans la région de Dương an, district de Tuy phước, alors qu’il dormait profondément à l’ombre d’un grand rocher dans la montagne de Phước an. Emprisonné dans une triple cangue faite d’un bois rare extrêmement solide, et sous la menace des fusils, Dư Ðành accepta enfin de se rendre.
En fin de compte, l’époque de la restauration dura plus d’un demi-siècle, mais le mouvement martial de Bình định ne retrouva pas l’aura et la splendeur qu’il connut durant l’époque Tây Sơn. Le style martial de Bình định retrouva cependant sa place, avec la perspective d’apprendre et de pratiquer les arts martiaux pour soutenir le trône, sauvegarder le pays, et apporter son aide dans ces contextes tourmentés.
INFLUENCES EXTERNES (1924 – 1945)
Depuis fort longtemps un adage existait à Bình định : « La perche est à Thuận Truyền, le poing à An Vinh », et un autre également : « Garçon d’An Thái, Fille d’An Vinh ». C’était là les noms de localités situées dans la région, qui virent se développer des lignées martiales célèbres dont la transmission continua jusqu’à nos jours. Le village de Thuận truyền était situé dans le district de Bình khê, de même que le village de An Vinh. Quant à An thái, c’était autrefois un simple hameau rattaché au village de Mỹ thạnh dans le district d’An nhơn.
« La perche est à Thuận Truyền » : en remontant aux époques antérieures, l’identité des fondateurs de cette lignée restait obscure, jusqu’à la génération de Ba Ðề, qui transmit ses connaissances à Hồ Ngạnh. Hồ Nhu était le véritable nom de Hồ Ngạnh ; il naquit en 1881 et mourut en 1976 à l’âge de 85 ans. Il était originaire du village de Háo ngãi, dans le district de Bình khê et s’installa par la suite dans le village de Thuận truyền dans le même district. Son père était Ðốc Năm, un fonctionnaire militaire sous la dynastie des Nguyễn. Sa mère était également issue d’une famille martiale. Dès l’enfance, il reçut de ses deux parents la transmission des techniques martiales familiales. Plus âgé, il apprit le maniement de la perche avec le grand maître Ba Ðề, les techniques de nei gong avec Ðội Sẻ, et par la suite il se perfectionna également à la perche auprès du maître Hồ Khiêm. Sa technique de la perche devint ainsi la synthèse de plusieurs grand maîtres, et renforcée par le nei gong, elle était à la fois ferme et dure, mais extrêmement précise. Formes, combat, assaut, etc. il maîtrisait toutes les aspects de la perche jusqu’à un degré exceptionnel. Vers 1932, sa notoriété s’était répandue dans les quatre provinces Nam, Ngãi, Bình, Phú. Ayant eu vent de sa réputation, de nombreux étudiants martiaux vinrent solliciter des rencontres et combats amicaux. Son fils étant décédé jeune, il transmit tout son savoir à son petit-fils, le Võ sĩ Hồ Sừng. Parmi ses élèves avancés figurait Mười Mỹ (né en 1912 dans le village de Trường úc, district de Phước nghĩa, province de Tuy phước), qui reçut un enseignement particulier sur des techniques uniques et spécifiques au style, à la transmission limitée et secrète. Parmi les élèves de la génération suivante figurait Ðinh văn Tuấn à Qui nhơn, qui contribua fortement à la diffusion et au renom de la lignée martiale de Thuận Truyền.
« Le poing d’An Vinh » existait depuis fort longtemps, mais ne fut connu qu’à partir de l’époque de Hương mục Ngạc. Dans ce courant martial figurait également Năm Nghĩa, issu de la même école et de la même génération, bien qu’il se tournât par la suite vers le maniement de la perche. Hương mục Ngạc étudia le poing de Bình định puis suivit également un enseignement de boxe chinoise auprès de Maître Khách Bút. Sa renommée s’expliquait par le fait qu’il fut capable de maîtriser et de synthétiser plusieurs courants de boxes différents, devenant ainsi le plus fameux et le meilleur « poing » martial des villages de Bình định de l’époque. Il eut trois enfants : deux fils (Bảy Lụt et Chín Giác) et une fille (Tám Cảng), qui maîtrisèrent tous trois à haut niveau les disciplines martiales. Il enseigna également à de nombreux élèves, dont certains devinrent célèbres tel que Hai Tửu. Son fils Bảy Lụt non seulement excellait dans le domaine des arts martiaux, mais était également doté d’un courage et d’une force physique exceptionnels ; il était capable d’un seul bras de renverser un buffle en pleine charge. Bảy Lụt transmis son art à son élève Phan Thọ, qui eut l’occasion par la suite d’étudier les techniques martiales de Tây Sơn avec Sáu Hà, pour unir ainsi l’essence de la boxe d’An Vinh via la lignée de Hương mục Ngạc, avec le style martial de Tây Sơn. De nos jours, l’école de Phan Thọ située dans le village de Thủ thiện, district de Bình khê, compte toujours de nombreux élèves, malgré l’âge avancé du Maître qui a depuis pris sa retraite.
An thái compta aussi de nombreux autres courants martiaux célèbres, comme le soulignait cette chanson populaire parlant du tournoi Hội Ðổ Giàn, se déroulant près de la pagode chùa Bà :
Tiếng đồn An thái, Bình khê Nhiều tay võ sĩ có nghề tranh heo
D’An thái, Bình khê vient la rumeur, De võ sĩ doués se disputant les honneurs.
Mais en 1924, un événement bouleversa le cours de l’histoire martiale de la région de Bình định en général, et de la lignée du village de An thái en particulier. Ce fut l’apparition d’une école de boxe chinoise. Le fondateur de cette école était appelé Tàu Sáu, mais son vrai nom était Diệp Trường Phát, né en 1896 à An thái. Il était certes de sang chinois mais sa famille s’était établie depuis trois générations à An thái, et sa grand-mère paternelle ainsi que sa mère étaient toutes deux vietnamiennes. Tàu Sáu à l’image de son clan paternel avait déjà assimilé l’essence martiale la région dans laquelle ils s’étaient implantés, lorsqu’à 13 ans il fut renvoyé en Chine pour étudier auprès de grands maîtres le style Shaolin du Nord. Après 15 ans d’apprentissage martiale ardue, Tàu Sáu âgé alors de 28 ans revint à An thái et ouvrit une école de boxe chinoise. Il enseigna les arts martiaux pendant près de 50 ans, et eut de nombreux élèves et disciples, et en peu de temps son style de poing Shaolin se répandit à travers toute la région en partant d’An thái. C’est ainsi que des gens modifièrent le dicton populaire d’autrefois pour le transformer en : « La perche est à Thuận truyền, le poing à An thái. »
De nombreuses personnes de Bình định vinrent à l’école de Tàu Sáu pour recevoir son enseignement, certains se spécialisant en boxe chinoise tels que Ðào Hoành, Hải Sơn ; d’autres tel que Mười Mỹ pour simplement enrichir leur pratique traditionnelle de la perche et y gagner plus de force.
A la même époque, en dehors de la boxe Shaolin de Tàu Sáu, d’autres styles avaient envahis la région martiale Bình định, telle que la boxe du Thái cực đạo (Tai Ji Tao) mais plus particulièrement la boxe anglaise, soutenue par le pouvoir français pour affaiblir l’influence des arts martiaux traditionnels vietnamiens.
Le gouvernement de protectorat organisa régulièrement des combats à mort sur des rings. Le contexte était particulièrement horrible, puisque sur le ring même figurait un cercueil déjà prêt. Les écoles traditionnelles entraînaient leurs champions en leur enseignant des techniques extrêmement violentes et cruelles, visant et frappant des points vitaux pour obtenir le plus rapidement possible la victoire. Et c’est ainsi que de nombreuses querelles et des haines tenaces divisèrent profondément les différentes écoles. C’était précisément la stratégie du « Diviser pour régner » appliquée par le gouvernement. Cependant, certains maîtres d’arts martiaux virent clairement dans ce stratagème et déclinèrent alors ces défis, se contentant alors de fermer les portes de leurs écoles. Ils continuèrent cependant à pratiquer et à transmettre en arrière-cour, pour ne pas interrompre la lignée et pour leurs propres besoins d’auto-défense.
| LE SILENCE (1945 à nos jours)
Puis vint une guerre qui dura 30 ans, menée avec des armes modernes et sophistiquées.
Une guerre où ni le bâton, ni le poing, ni l’épée ou la lance n’eurent de place décisive pour l’issue du combat. Le temps où l’on étudiait les arts du poing pour présenter le concours de fonctionnaire militaire appartenait au passé. L’époque où la pratique des arts martiaux permettait de se protéger des voleurs ou de faire régner la pluie et le beau temps tel que le fit Dư Ðành était également révolue. Le tournoi de Hội Ðổ giàn, la coutume des concours populaire de Tranh Heodisparurent au fur et à mesure que le feu et la fumée de la guerre se répandaient dans tout le Vietnam.
Alors que le nombre de pratiquants diminuait, l’esprit des arts martiaux cependant reprit vigueur en revenant à son juste sens originel. Dans ce même esprit de retour aux origines et pour célébrer la mémoire des fondateurs du style Tây Sơn, toute la population du district de Bình khê en 1960 a rassemblé ses efforts pour construire un temple dédié aux Trois Braves de Tây Sơn (Tam Kiệt Tây Sơn), à l’endroit même où s’élevait autrefois l’ancien temple par la suite détruit. L’emplacement était en réalité celui de l’ancienne maison familiale des trois frères Tây Sơn. Après son ascension au trône, le roi Thái Ðức (c'est-à-dire Nguyễn Nhạc) y fit construire une grande et élégante résidence. Lorsque Gia Long eut renversé la dynastieTây Sơn, il donna l’ordre de raser entièrement la demeure. Par la suite, des villageois avaient élevé dans le village de Kiên mỹ un temple secret où ils continuèrent de vénérer la mémoire des trois Braves de Tây Sơn. Le nouveau temple de Tây Sơn se divisait en trois parties distinctes. La partie centrale était réservée au culte de l’empereur Quang Trung, et les ailes à celui du roi Thái Ðức et du Duc de la paix de l’Est Nguyễn Lữ. Dans la cour devant se dressait une statue grandeur nature du souverain Quang Trung, ainsi que des stèles de pierre relatant ses exploits.
A partir de 1960, la province de Bình định organisa tous les ans au 5e jour du premier mois lunaire une grande cérémonie appelée « Ðống đa ». Au cours de ces festivités, sont présentées des démonstrations de techniques liées aux arts martiaux de Tây Sơn, dont celle des tambours de guerre. Les rues étaient noires d’une foule immense affluant de tout le pays pour assister à cette fête.
En 1972, l’association des Arts Martiaux de Bình định fut créée et compta parmi ses membres fondateurs les maîtres : - Hà Trọng Sơn, - Huỳnh Liễu, - Lý Xuân Tạo, - Nguyễn Nghè, - Nguyễn Thông, - Nguyễn văn Thành, - Thanh Hoàng, - Thành Nở, - Xuân Sơn Quảng ainsi que trois instructeurs : Lý Thành Nhân, Nguyễn Thành Công, Xuân Trường Tịnh.
Thanh Hoàng dont le vrai nom était Nguyễn Bính, né en 1935 dans le village de An phú, fut élu Secrétaire Général. L’objet et les missions dont se dota l’association furent les suivants :
- Préserver et contribuer au développement des arts martiaux de Bình định ;
- Encourager et favoriser l’adhésion des autres écoles et styles martiaux vietnamiens dans le courant de Bình định, pour enrichir ce socle fondamental des arts martiaux nationaux,
- Mais empêcher résolument toute intrusion des pratiques et arts martiaux étrangers voulant se mélanger et transformer les styles traditionnels vietnamiens.
Un important fait à souligner fut que cette association des arts martiaux de Bình định se créa en regroupant dans son sein tous les styles et courants existants de Bình định. Auparavant, seule une sous section existait pour les arts du poing de Bình định (Quyền thuật Bình định), rattachée alors à la Fédération Générale des arts du poings (Quyền thuật) de Sài gòn.
Les arts martiaux de Bình định connurent alors une large diffusion grâce à la présence de multiples écoles situées à Sài gòn et dans les provinces alentours, à l’instar de l’école Sa Long Cương à Sài gòn. Dirigée par le grand maître Trương Thanh Ðăng qui était originaire de Bình định, cette école enseigna à la fois le style de Bình định mélangé au style Shaolin. Cette période connut la renommée de plusieurs grands maîtres du style de Bình định, parmi lesquels figurait :
- Le Vénérable Bửu Thắng âgé de 80 ans, abbé dirigeant le monastère bouddhiste de Quang Hoa province de Tuy phước, qui possédait un degré exceptionnel de maîtrise de la grande perche de guerre.
- Le moine Hạnh Hòa, la cinquantaine d’années, dirigeant le monastère de Long phước, province de Tuy phước, dont le « poing » était célèbre,
- et le moine Vạn Thanh, 30 ans, résidant également au monastère de Long phước, avec lequel les techniques de perche et de sabre atteignirent un summum.
Au début de la décennie des années 70, une étoile illumina soudain le ciel des arts martiaux de Bình định, en la personne de Thanh Tùng, une pratiquante martiale émérite originaire de la région du fleuve Côn. Pour qui ne l’a jamais vu gagner un combat sur ring, ou se mesurer martialement à d’autres pratiquants, il suffit alors d’assister aux fêtes de Ðống Ða au Temple de Quang Trung et de la voir exécuter des formes (bài quyền) à mains nues tel que le Lão Mai Ðộc Thọ, ou à la perche tel que le Tấn Nhất Ô Du, pour être impressionné et conquis. Mais tout cela peut sembler au final logique et évident, en y regardant de plus près. Thanh Tùng est issue d’un clan martial, héritier génération après génération de techniques tenues secrètes et fermées créées par une lignée de pratiquants de haut niveau. Son grand-père paternel était un champion hors pair maniant la perche avec une dextérité confondante ; il était un contemporain et un pratiquant d’un niveau équivalent à Hồ Ngạnh. Son père assuma cet héritage et se fit une place parmi les meilleurs pratiquants de la région. Quant vint le tour de Thanh Tùng, bien qu’étant une femme, elle sut recueillir et perpétuer l’héritage d’excellence martiale de sa famille.
Etudier et pratiquer les arts martiaux implique habituellement d’apprendre également des remèdes spécifiques, permettant de soigner les pathologies causées par la pratique. Bien évidemment, en cas de blessures graves, il faut alors avoir recours à des soignants et médecins spécialisés dans le domaine martial. Ces derniers appartenaient en général aux cinq villages martiaux de Bình định, car il fallait être issu d’une lignée martiale illustre pour accéder à la connaissance de certains remèdes dont la composition était tenue secrète. Parmi eux, les plus célèbres furent : le maître Hồ Ngạnh, le moine Huyền Ân abbé du monastère Bích Liên district d’An nhơn, Lê văn Chương habitant la ville de Bình định, et Minh Tân Phạm Hà Hải à Qui nhơn, etc. Malheureusement, maître Hồ Ngạnh et l’abbé du monastère de Bích Liên sont aujourd’hui décédés, mais il reste dans la famille martiale de Bình định de nombreux praticiens de talent perpétuant l’héritage et la transmission de ce savoir-faire médical.
De nos jours, la génération des pratiquants ayant plus de 60 ans continue d’assumer son rôle de dépositaire de l’essence du style de Bình định, et en dépit de leur faible nombre, parviennent à être présents dans toute la province.
- A Qui nhơn se trouve Ðinh văn Tuấn, auteur de l’ouvrage « Les arts martiaux traditionnels de Bình định » (Võ thuật Cổ truyền Bình định) ;
- Kim Ðình est originaire de Hoài nhơn et continue d’y vivre ;
- A Bình khê figurent Hồ Sừng (petit-fils de Hồ Ngạnh), Phạm Thi, et Phi Long.
- Dans le district de Tuy phước au village de Cầu Gành habite Thanh Hoàng (l’ancien Secrétaire Général de l’Association des Arts Martiaux de Bình định)
- Hồng Khanh et Minh Tinh (les enfants du maître Xã Hào) vivent quant à eux àTrường úc,
- Ðào văn Thanh est à Phước thuận et Trần Can à Diêu trì, tous deux appartenant à la lignée martiale de Hà Trọng Sơn;
- Du côté des temples se trouvent les moines Hạnh Hòa, Vạn Thanh vivant au monastère de Long phước,
- Dans le district d’An nhơn figure Lý Thành Nhân (fils du maître Lý Xuân Tạo) au village de Ðập Ðá, et le district de Phù cát compte avec maîtreTrần Diễn.
- Enfin, les districts du nord tel que Phù mỹ ou Hoài nhơn sont assurés de la présence des maîtres tels que Kim Hòa, Nguyễn văn Chức, Nguyễn Thành Tín, etc.
Le courant martial de Bình định coule tel un fleuve, fait tantôt de méandres sinueux ou se déversant en droite ligne, parfois asséché ou débordant de ses rives. Mais puisqu’il est né sous un ciel et sur une terre où :
« Trois fleuves y coulent Sept hautes montagnes s’y élèvent La mer de l’Est fouette de ses vagues les rives Et d’antiques vestiges inscrivent dans le ciel bleu la gloire des héros d’antan »,
ses flots ne cesseront jamais de couler.
Ðào Ðức Chương |
Texte traduit par Long Nu http://www.kwoon.info/forum/viewtopic.php?t=5734
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