 | | Festival au quotidien - Vingt ans de Trans Musicales, épisode 18 source : Ouest France - Nov. 1998 1996 : dans les vieilles marmites...
 © Le Dévéhat |
"Porkpie hat - sur la tête, moustache maligne, vaste tablier rouge ceignant ses rotondités stomacales, accordéon diatonique dans les pognes : Monsieur David Thomas a fait crever l'Ubu de rire et d'émotion, cette fin d'aprèsmidi du vendredi 6 décembre 96. Entouré de ses Two Pale Boys, le guitariste Keith Moliné et le trompettiste Andy Diagram, David racontait de magnifiques histoires absurdes et détournait le rock avec une magnifique poésie."  © P. Lévy |
|
Festival au quotidien - Laurent Saulnier Raconte (2) source : Voir Montréal "Malgré ce que je vous disais la semaine dernière, il n'y a pas eu que de la techno au Transmusicales de Rennes."
Il y avait aussi le Mike Flowers Pop, célèbre pour sa reprise définitive de Wonderwall d'Oasis. Ça aurait pu n'être qu'un gag, mais c'est beaucoup plus. Il y a là un véritable travail d'arrangements, avec choristes, cuivres, percussions, un medley de David Bowie, et plusieurs standards. De quoi accrocher un sourire franc sur toutes les lèvres.
II y avait aussi le Cubist Blues, qui regroupait Ben Vaughn, Alex Chitton et Alan Vega, trois vieux routiers de la scène indépendante américaine, qui ont joué le blues et le rock sans trop d'effort, en attendant qu'il s'y passe quelque chose. Et il s'en est passé des choses. Ne serait-ce que pour la voix de crooner décati de Vega, ça valait le coup.
II y avait aussi le Brésilien Cadinhos Brown, le hype world-beat français de l'année. Décevant. Trop d'attitude, pas assez d'inventivité. Trop star en apparence, trop amateur en réalité. Trop de flashs et de clichés brésiliens, pas assez de profondeur.
II y avait aussi Mundy, jeune Irlandais, qu'on affuble de tous les noms: le nouveau Bob Dylan, le nouveau Kurt Cobain. Malheureusement, il reste Mundy, Irlandais de vingt et un ans, à qui on prête beaucoup de promesses non tenues. Exactement à l'image de sa musique.
II y avait surtout The Aloof, cinq jeunes Britanniques, qui, sur une rythmique techno, jouent de la guitare comme U2 et chantent comme Roland Gift des Fine Young Cannibals, débordant de soul. Un mélange complètement d'extraterrestre, mais qui fonctionne extrêmement bien. Un des meilleurs groupes présents au festival.
II y avait aussi Lionrock, groupe britannique également, qui semble vouloir prendre le relai de New Order, avec un fond techno, une guitare discrète, et un chanteur complètement glacé, sans émotion aucune. Ce qui cadre bien avec la musique. Si The Aloof n'était pas passé tout de suite après, on aurait gardé un meilleur souvenir de Lionrock.
II y avait Meira Asher, chanteuse israélienne au look de Sinéad O'Connor et à la voix de Nina Hagen, coup de coeur personnel de Jean-Louis Brassard, âme dirigeante des Trans. Elle n'aura cependant pas relevé le défi de la scène, criant sans arrêt et ne comprenant pas le sens du mot "subtilité".
Il y avait Polar, un trio suisse, qui peut faire penser à American Music Club, et qui s'apitoie continuellement sur son sort: "Je n'ai pas d'ami je suis seul. Personne ne m'aime." Malgré cela, un bon chanteur et une musique simple (guitare acoustique, basse, batterie) qui s'écoute avec plaisir.
En fait, il y avait tellement de choses à se mettre sous la dent que je n'ai qu'une seule envie : y retourner l'an prochain.
Si le show des Chemical m'a jeté par terre comme ça faisait longtemps que ça ne m'était arrivé, je crois avoir vraiment compris la techno lors de la rave qui clôturait les Transmusicales de Rennes au début de décembre. Pendant le set des Français de Daft Punk, j'ai bien vu qu'il y avait dans la techno une liberté incroyable, une capacité d'improviser que le rock n'a plu depuis des années. Un bon groupe techno sent la foule qui danse à ses pieds, sait étirer les grooves qui marchent, sait placer ses breaks au bon moment pour nous relaxer, sait jouer non pas pour nous mais avec nous.
C'est aussi lors de cette rave que j'ai compris qu'un DJ. pouvait être créatif. Carl Cox, ce soir-là, me l'a réellement prouvé. Il jouait de ses platines comme d'un instrument, variant ses rythmes et ses pulsations, imposant les claviers d'un disque à la rythmique d'un autre, suivant un schéma relativement précis, mais se laissant aussi une marge de manoeuvre assez grande pour improviser selon l'humeur des danseurs.
Le techno est assurément le genre musical promis au plus bel avenir en ce moment. C'est là où il se trame les choses les plus aventureuses, les plus risquées, mais aussi les plus groovy, les plus chaudes et les plus stimulantes. Loin, très loin de la réputation de froideur que l'on accole au genre sous toutes ses formes depuis le début des années 80... Aujourd'hui, je peux avouer, sans trop de gêne, que j'aime la techno. Ou, plus précisément, que j'aime certaines chose. Comme j'aime Pantera, sans embrasser tout le heavy métal. Comme j'écoute Cesaria Evora, sans passer mon temps à écouter du world-beat.
Sauf que ces temps-ci, comme toujours après Noël, le jouet que je préfère, celui avec lequel j'ai envie de jouer, est évidemment le plus nouveau..." |
Laurent Saulnier
Festival au quotidien - Laurent Saulnier Raconte. source : Voir Montréal Ancien journaliste et actuel directeur de la programmation du Festival de Jazz et des Francofolies de Montréal, Laurent ne cache pas son amour pour les Trans.
Trans en danse
"J'arrive de Rennes, en France, où se déroulait, du 5 au 8 décembre, les dix-huitièmes Transmusicales. Les Trans, c'est probablement le festival de musique le plus pointu en France. Ici, pas question d'emplir un enclos avec cinquante mille personnes, comme aux Eurockéennes, par exemple.
Aux Trans, on est à l'affût de la nouveauté, on ne se cantonne pas. dans un style musical, on ne s'impose pas de barrières, et on ne se gêne pas pour aller vers les extrêmes. Quand on veut du easy-listening, par exemple, c'est le célèbre Mike Flowers Pop que l'on invite.
Et il ne faut surtout pas oublier que nous sommes en Europe. La déferlante, ici, c'est le techno. Tout le mouvement alternatif américain et ses dérivés (grunge, néo-punk, power-pop nineties style , Io-fi, etc.) se retrouvent réduits à une seule soirée, qui a fait le plein, malgré l'annulation quasi-prévisible des Screaming Trees, qui ne renouvelleront probablement jamais, à mon grand dam, la réussite de Dust sur scène.
La vague techno emporte tout sur son passage, et on la retrouve un peu partout : frayant avec le rock chez Spicy Box, allant vers le trip-hop avec Monk & Canatella, jouant beaucoup avec le dub par tous les moyens de le faire entrer dans la petite case de la nouvelle chanson française aux côtés de Dominique A, irais la candeur, l'humour et la désinvolture du jeune chanteur franco-montréalais devraient obliger tout le monde à revoir ses positions. On vous en recause en janvier, alors que sera lancé ici son premier album...
Plusieurs choses à retenir de Planète. D'abord, le fait que nulle part ailleurs on n'a senti aussi fortement que la création se déroulait là, sous nos yeux et nos oreilles. Alors que la plupart des groupes pop ou rock s'évertuent à refaire toujours les mêmes chansons exactement de la même façon, chez les technos, on a la sérieuse impression qu'à travers un canevas bien défini, il reste une place importante pour l'improvisation.
J'ai pour exemple le fabuleux set du duo français Daft Punk, qui fera paraître son premier album au début de 97. Oui, ils donnent dans le techno, au sens large. Ce qui ne les empêche pas, dans leurs et, de jouer un peu avec la house ou de faire entendre quelques notes de Rasberry Beret de Prince. Pas aussi rock que les Chemical Brothers (même si, comme leurs confrères britanniques, les Français jouent avec des platines, mais aussi des séquenceurs, des boîtes à rythmes et des synthés sur scène), Daft Punk a quand même réussi à faire, dans la deuxième moitié de leur set, une des demi-heures parmi les plus excitantes et les plus créatives de ces Transmusicales.
On pourrait aussi parler des deux heures (de 5h15 à 7 h 15) où a officié le Britannique Carl Cox derrière les platines. Un véritable tourbillon musical où la rythmique techno bien martelée emportait un flot de sonorités synthétiques véritablement inspirées. Là aussi, on sentait bien le DJ à l'écoute de son public, et vice versa. Un set carrément inattaquable.
Contrairement au Belge CJ Bolland, qui s'est visiblement trompé d'endroit arrivant à Planète comme dans n'importe quel club, accompagné d'un danseur que l'on aurait cru sorti tout droit de Village People et d'une chanteuse tellement cheap qu'elle n'aurait même pas passé l'audition de Vanity 6. Dommage.
Comme il était dommage que les Propellerheads aient ajouté une batterie acoustique à leur arsenal électronique. La chute de tension était telle que lorsqu'un des deux DJ a joué de cette batterie les nombreux danseurs ont commencé à déserter l'endroit. Ce qui est d'autant plus regrettable que lorsqu'ils étaient tous deux sur les machines à puces et platines, ça déménageait, et pas qu'un petit peu... On s'en reparle encore la semaine prochaine... |
Laurent Saulnier | |  |  |  |
|